Recherche d’emploi : et si l’on prenait aussi soin de ce que cela remue ?

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Depuis plus de quinze ans, j’accompagne des étudiants et des professionnels des médias dans leurs parcours : recherche de stage, d’alternance, d’emploi ou de missions.

Au départ, les demandes sont souvent très concrètes : améliorer un CV, préparer un entretien, retravailler une candidature, retrouver des contacts ou définir une stratégie. Ce sont des outils essentiels, que je continue naturellement à transmettre.

Mais derrière ces demandes, je vois aussi autre chose. Je vois la fatigue de celles et ceux qui cherchent depuis des mois (certain.e.s me parlent même de détresse). La colère après une candidature restée sans réponse. La peur de ne pas trouver sa place. La panique qui monte avant un entretien. La tristesse après un refus. Et, pour beaucoup de free-lance, indépendants intermittents, la solitude de devoir continuer à prospecter entre deux missions, seul face à son écran.

Nous savons souvent quoi faire. Pourtant, certains jours, ouvrir son ordinateur, répondre à une annonce ou envoyer une relance peut sembler insurmontable.

C’est à partir de ce constat que j’ai commencé à chercher comment accompagner autrement.

Les émotions font partie du parcours

On parle beaucoup de CV, de réseau, de visibilité, d’algorithmes et de stratégie. Beaucoup moins de ce que la recherche d’emploi provoque intérieurement.

Or, je ne crois pas qu’il soit possible de séparer complètement le professionnel du reste. Un refus peut réveiller le doute. L’absence de réponse peut faire naître de la colère. Une longue période sans mission peut fragiliser la confiance. Et l’on finit parfois par se demander si le problème vient de soi.

Je ne pense pas que nous devons faire comme si ces émotions n’existaient pas. Elles ne disent pas que nous sommes faibles ou incompétents. Elles disent souvent que la situation est difficile.

Créer pour retrouver un point d’appui

C’est dans cette réflexion que les médiations artistiques ont pris une place importante dans mon parcours.

Depuis mai dernier, j’ai commencé une formation en art-thérapie, en complément de mon expérience de journaliste, de réalisatrice et de coach. J’y explore le dessin, l’écriture, le mouvement, les pratiques sensorielles et la place du corps dans les périodes de transition.

Je ne parle pas ici de savoir dessiner, danser ou produire quelque chose de beau. Je parle de créer un espace pour sortir, un instant, de la rumination et remettre de l’ordre dans ce qui se bouscule.

Face à une recherche qui stagne, je peux par exemple proposer d’écrire pendant quelques minutes tout ce que l’on ressent face au silence d’un recruteur , sans envoyer ce texte, avant de rédiger une relance courte et professionnelle.

Avant un entretien, il peut être utile de revenir au corps : sentir ses pieds au sol, respirer, marcher, ajuster sa posture, puis répondre à voix haute à une question simple.

Après un refus, on peut dessiner son parcours comme un chemin, avec ses détours, ses obstacles, mais aussi ses appuis et les prochaines étapes possibles.

Ces pratiques ne remplacent ni un CV, ni une stratégie, ni un suivi thérapeutique lorsqu’il est nécessaire. Elles peuvent simplement aider à retrouver assez d’élan pour revenir à une action concrète.

Relier créativité et vie professionnelle

C’est le chemin que je suis en train de construire : associer les outils professionnels que je transmets depuis des années à des temps d’expression, de créativité et de remise en mouvement.

Je veux proposer des espaces où l’on puisse parler d’un entretien, d’une candidature ou d’un projet de reconversion, sans laisser à la porte ce que l’on ressent. Des espaces où l’on puisse aussi dessiner, écrire, bouger, écouter, imaginer et reprendre contact avec ses propres ressources.

Je n’ai pas de recette miracle à proposer. Je sais simplement que, lorsque tout paraît bloqué, il faut parfois commencer par retrouver un peu de mouvement en soi avant de pouvoir avancer dehors.

Parfois, cela conduit à envoyer une relance.
Parfois, à répondre à une offre que l’on n’osait pas regarder.
Parfois, à demander de l’aide.

Et parfois, cela commence juste par le fait de rouvrir son ordinateur.

 

Myriam de Paf&co

Journaliste, coach et facilitatrice de transitions professionnelles

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