Ce matin, une amie me disait, presque sans reprendre son souffle :
« Je me réveille la nuit. J’y arrive pas. Je me dis que je vais essayer de me structurer un peu, voir où j’en suis. Et puis après je me dis : c’est pas grave, je me laisse jusqu’au 2.
Le plus urgent, c’est de refaire mon portfolio… Je sais pas, je sais pas, je sais pas. J’ai trop de choses à faire. »
Et c’est exactement ça. Même quand on croit lâcher, on ne se repose pas vraiment.
Le corps est épuisé, mais la tête continue.
Les dates s’installent toutes seules. Le 2 janvier. Puis le 5.
Et plus ça approche, plus la pression monte.
On n’est jamais vraiment au repos, parce qu’on transforme le repos en pré-rentrée silencieuse.
La philosophe Hannah Arendt l’expliquait déjà, en creux : « Le repos n’est pas l’absence d’activité, c’est l’absence de pression. »Condition de l’homme moderne (1958)
Tellement d’actualité. Et oui, le problème n’est pas l’activité en soi, c’est la pression permanente, le fait de ne jamais s’autoriser à ne pas répondre, ne pas anticiper,
ne pas se préparer.
Les chiffres le confirment : 47 % des personnes en recherche d’emploi déclarent des troubles du sommeil, liés au stress et à la rumination. (source : Santé publique France).
Ce n’est pas le CV qui empêche de dormir, ce n’est pas le portfolio.
Ce sont les échéances qu’on se met dans la tête, même quand personne ne les a posées.
Lâcher, ici, ce ne serait pas mieux s’organiser, ni avancer “un peu quand même”. Lâcher, ce serait peut-être simplement ne rien décider maintenant. Laisser la liste en suspens. Sans la trier. Sans la résoudre.
Parce que tant qu’on se donne une date, on reste en tension.
Et le repos n’arrive jamais.
Et si, pour quelques jours encore,
tu t’autorisais un vrai repos :
sans échéance,
sans justification,
sans projection ?
Parfois, c’est là que la pression tombe. Et le repos commence souvent là où on arrête de se demander ce qu’on devrait faire.
Illustration : Christophe Boisson

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